Data & Direction

La data et l'IA vues depuis le comité de direction

Actualités

IA agentique : en France, les grands groupes en sont aux essais

Les associations d'utilisateurs d'Oracle et de SAP ne voient aucun déploiement d'agents IA à grande échelle en France. Ce que cela dit aux directions.

La rédaction · 20 octobre 2026 · 3 min de lecture

Les agents d'IA occupent les feuilles de route des éditeurs, mais leur déploiement à grande échelle reste à venir dans les entreprises françaises. C'est le constat que dressent, dans LeMagIT le 16 octobre, les deux coprésidents de l'AUFO, l'association des utilisateurs français d'Oracle, qui compte 1 000 membres et regroupe 150 entreprises. « Je ne connais pas de projet à grande échelle déployé », déclare Emmanuel Ruez, l'un des deux coprésidents, qui fait état de tentatives.

Des groupes qui prototypent, des ETI qui découvrent

Selon Yohann Garcia, l'autre coprésident, également directeur de programmes data et IA à l'École polytechnique Executive Education, quelques groupes disposent de moyens et de prototypes avancés, mais le passage à l'échelle reste compliqué. Pour les ETI, les agents sont encore entièrement à explorer. Il anticipe une forte hétérogénéité durable entre entreprises.

Ce que l'association observe chez ses membres, ce sont des solutions à mi-chemin : de l'IA générative connectée à des outils et à des serveurs MCP, avec des agents semi-autonomes, souvent sur des domaines de niche. L'autonomie elle-même freine. L'approche dominante consiste à garder l'humain quelque part, dans la boucle ou au-dessus. Restent en discussion, selon les deux coprésidents, les degrés d'autonomie, la gouvernance, la conformité, les droits d'accès, le prix des jetons et l'explicabilité.

Ils évoquent un biais possible dans ce constat : les entreprises partagent plus volontiers leurs succès que leurs échecs, et certaines ont pu essayer puis renoncer sans le dire. L'intérêt de connecter des agents entre eux n'est pas contesté ; les deux coprésidents attendent que la technologie suive sa phase de maturation.

Le même constat chez les clients SAP

La même semaine, l'USF, l'association des utilisateurs francophones de SAP, tenait sa convention. Selon LeMagIT, un sondage auprès de 276 membres de 154 entreprises, soit un tiers des adhérents, estime que 80 % n'ont rien fait concernant l'IA ; la migration d'ECC vers S/4HANA reste le sujet dominant. Le directeur de SAP France, Olivier Nollent, dit viser, à la même période l'an prochain, des clients qui témoignent sur scène du passage à l'échelle.

Silicon détaille l'enquête de satisfaction de l'USF, à laquelle 154 des 450 entreprises et administrations adhérentes ont répondu. 9 % des organisations ont déployé dans leur environnement des cas d'usage de l'IA intégrée aux offres SAP. Elles lui reconnaissent pourtant des atouts : l'exploitation des données structurées (47 %), l'automatisation des processus (39 %), l'ergonomie (38 %). Le modèle de licence ne recueille que 12 % d'opinions favorables, et 4 % des répondants seulement perçoivent un intérêt économique par rapport à des solutions d'IA externes.

Les coûts dominent plus largement les réponses. Interrogés sur les freins à la migration vers S/4HANA, 74 % des répondants citent les coûts en 2026, contre 63 % en 2022, et seuls 32 % estiment avoir une visibilité claire sur le coût total de l'offre ERP en cloud à cinq ans.

Ce que ces constats disent aux directions

Pour un comité de direction, les deux associations replacent le calendrier. Les annonces d'agents autonomes par les éditeurs de progiciels précèdent nettement leur adoption, et leurs clients placent leurs priorités ailleurs, dans la migration de leur ERP et la maîtrise de son coût.

Elles déplacent aussi la question économique. Une IA intégrée au progiciel, facturée selon le modèle de l'éditeur, se compare désormais à des solutions externes, et seule une petite minorité des adhérents de l'USF qui ont répondu y voit un avantage. Le choix entre un agent fourni par l'éditeur et un agent construit en interne devient un arbitrage d'achat et d'architecture, plus qu'un choix de fonctionnalité.

Le modèle qui domine chez les membres de l'AUFO, une IA générative outillée avec un humain maintenu dans la boucle, fixe enfin le périmètre du travail des directions data : quelles actions un agent peut accomplir seul, sur quelles données, avec quels droits, et qui valide le reste. Ce sont précisément les sujets de gouvernance, de droits d'accès et de coût que l'association range parmi les questions encore ouvertes.

À lire aussi