Data architect : un poste qui se juge à ce qu'il peut arbitrer
Taille du patrimoine, autorité, trajectoire, coexistence avec l'existant : ce qu'une direction tranche avant d'ouvrir un poste d'architecte de données.
Un architecte de données arrive rarement devant une page blanche. Il trouve plusieurs entrepôts, des outils décisionnels choisis direction par direction, des référentiels qui se contredisent. Le jour où deux directions présentent en comité deux chiffres d'affaires différents, la question du poste se pose. C'est précisément le symptôme que retient le guide pour recruter un data architect publié par le cabinet Entourage Recrutement : quand plusieurs équipes produisent et consomment de la donnée en ordre dispersé et que les mêmes indicateurs divergent selon la source, la fonction se justifie. En dessous, un ingénieur senior capable de modéliser suffit, et coûte moins cher.
Le guide pose deux conditions de réussite, toutes deux du ressort de l'entreprise : la taille du patrimoine et l'autorité confiée au poste.
Un poste ouvert trop tôt
Une entreprise qui compte trois sources et un entrepôt naissant a besoin, selon le guide, d'un ingénieur senior plutôt que d'un architecte : il coûtera moins cher et produira davantage. L'architecte recruté dans ce contexte rédige des documents cibles qui restent lettre morte faute de sujets, et s'ennuie. Le guide présente ce cas comme l'un des rares où il recommande régulièrement de recruter un autre profil que celui demandé.
Les éléments qui permettent de trancher sont factuels : nombre de sources, d'entrepôts, d'outils décisionnels, de référentiels, d'équipes qui produisent de la donnée chacune de leur côté. Ces chiffres disent si le poste est nécessaire, et à quel niveau de séniorité.
L'autorité, condition du poste
Un architecte privé du droit de refuser une solution ou d'imposer un principe produit une cible théorique. Chaque équipe continue de choisir ses outils, le patrimoine se fragmente comme avant, et le titulaire finit par documenter des décisions prises par d'autres. La question que le guide pose au cadrage tient en une phrase : quelles décisions cette personne pourra-t-elle bloquer, et devant qui. Rattachement, participation aux comités d'architecture, capacité de refus, existence d'un processus de dérogation : si ces quatre points restent flous, le poste devient une production documentaire, et le titulaire cherche ailleurs.
Le rattachement pèse avant les compétences. Un architecte rattaché à un responsable d'équipe décisionnelle reste impuissant face au choix d'une direction métier plus puissante que son propre responsable. Quand le sujet est réellement transverse, le guide rattache la fonction à la direction des systèmes d'information ou à la direction générale.
La frontière avec l'architecture d'entreprise se règle, elle aussi, avant l'arrivée. Beaucoup d'organisations ont déjà un architecte du système d'information ; la ligne de partage passe en général par les référentiels partagés, client, produit et tiers. Laissée ouverte, elle crée un conflit de périmètre qui occupe le nouvel arrivant une année entière.
Les limites connues du modèle central
L'autorité ne signifie pas tout centraliser. En 2019, Zhamak Dehghani, alors consultante principale chez Thoughtworks, décrivait sur le site de Martin Fowler les modes d'échec communs des plateformes de données bâties autour d'un lac central : une architecture centralisée et monolithique, des chaînes découpées par étapes de traitement plutôt que par domaine, une propriété confiée à des spécialistes cloisonnés, éloignés du métier. Elle observait que, malgré des investissements croissants, les résultats de ces plateformes restaient moyens. Sa proposition consistait à faire des domaines métier la préoccupation première, à bâtir une infrastructure en libre-service et à traiter la donnée comme un produit, gouverné par des standards communs.
La conséquence pour le recrutement porte sur le profil. L'architecte attendu sait modéliser des domaines métier de façon durable, davantage qu'il ne choisit des outils. Le guide d'Entourage Recrutement le formule ainsi : le modèle doit survivre à trois changements d'outil et à deux réorganisations. Cette compétence distingue un architecte d'un ingénieur expérimenté, et le cabinet l'évalue en demandant au candidat de modéliser, en entretien, un domaine qu'il découvre.
Architecture et gouvernance, deux tempéraments
Définir les propriétaires de données, les règles de qualité et les processus de correction relève de la gouvernance. Définir la cible technique et les principes de modélisation relève de l'architecture. Le guide insiste sur la différence de tempérament : la première négocie avec les métiers pendant des mois, la seconde tranche. Une annonce qui fusionne les deux obtient un poste intenable.
Le critère de choix proposé est le symptôme dominant. Des modèles incohérents, des plateformes qui se multiplient, des migrations qui s'enlisent appellent un architecte. Une propriété floue des données et des erreurs que personne ne corrige appellent un responsable de la gouvernance.
La trajectoire plutôt que la cible
Décrire un schéma idéal est à la portée de nombreux candidats. Décrire les étapes intermédiaires, ce que l'on garde, ce que l'on abandonne, dans quel ordre et à quel coût, l'est beaucoup moins. Le cabinet en fait la question centrale de l'entretien, et construit le cas à partir du patrimoine réel de l'entreprise : la discussion porte alors sur des arbitrages réels plutôt que sur une comparaison de technologies.
La coexistence avec l'existant entre dans cette trajectoire. Pendant une période souvent longue, l'ancien et le nouveau système tournent ensemble ; les entreprises qui l'ont ignoré paient deux plateformes, maintiennent deux modèles, et le reprochent à l'architecte. Un candidat sérieux aborde le sujet de lui-même.
Le premier chantier gagne à être nommé dans l'annonce : un référentiel client à unifier, une migration à sécuriser, un domaine à modéliser. Il permet au candidat de se projeter, et à l'entreprise de l'évaluer sur ce chantier dès le deuxième entretien. Ce qui est déjà décidé, fournisseur de nuage, entrepôt retenu, contraintes de localisation, contrats pluriannuels, mérite la même précision : c'est sur ce qui reste ouvert que l'architecte apporte de la valeur.
La conformité entre dans le dessin
Le guide relève que la maîtrise de la traçabilité, de la minimisation, de la localisation et des durées de conservation est devenue un critère fréquent, surtout dans la santé, la banque et l'assurance. Le droit en fait une question d'architecture. La CNIL rappelle que les données personnelles ne peuvent être conservées indéfiniment et décrit trois phases de leur cycle de vie : la base active, l'archivage intermédiaire et l'archivage définitif. Lorsque l'archivage intermédiaire est justifié, une séparation avec la base active doit être opérée, soit physique, dans une base d'archivage dédiée, soit logique, par une limitation des habilitations. L'autorité ajoute qu'une même donnée peut servir deux traitements soumis à des durées différentes.
Ces règles se traduisent en zones de stockage, en droits d'accès et en chaînes de purge, qui figurent dans le dessin de l'architecte. Le guide note que cette compétence vient en complément de la modélisation, départage deux candidats de niveau égal, et se paie.
Ce que dit le marché
Le vivier est étroit, selon le guide : l'architecture de données s'atteint après plusieurs années d'ingénierie ou de décisionnel, et peu de personnes ont conduit une trajectoire complète jusqu'à la décommission de l'ancien système. L'approche directe, sur les projets menés plutôt que sur les intitulés, est présentée comme la seule voie efficace. La demande a été tirée par les migrations vers les entrepôts en nuage, puis par les obligations de traçabilité et de localisation.
Le baromètre du cabinet situe la fonction entre environ 85 000 et 180 000 euros brut annuels, selon la taille du patrimoine et l'étendue de l'autorité. Un architecte privé de mandat d'arbitrage se rémunère comme un ingénieur senior, et les candidats lisent cet écart aisément. La concurrence vient largement des cabinets de conseil, qui offrent une diversité de contextes difficile à égaler en interne. L'argument qui porte auprès d'un consultant expérimenté, selon le guide, reste la garantie que la cible sera réellement mise en œuvre.